Portrait de producteur - Les Buvologues
Suite à notre sélection des meilleurs Beaujolais Nouveaux, voici le troisième portrait de producteur des Primeurs 2025.
Le gamay avec du rythme dans la peau
Le ruisseau du Sallerin prend sa source à Vaux-en-Beaujolais et se déverse dans la Vauxonne. Le lieu-dit, « le Chambon » étant déjà utilisé, le nom du domaine coule de sens. Nelly Tachon nous accueille le long du chemin. Elle incarne la dernière génération. Michel son père, arrive quelques instants plus tard. Le regard est plus sérieux, il jauge son interlocuteur et fuit la caméra. Mais le côté brut de décoffrage se fissure rapidement. Normal pour un ancien maçon. Les mots s’enchaînent et rebondissent sous le regard médusé de Nelly. Michel est un personnage qui a le don du partage. Finalement, ce duo s’équilibre entre énergie et temps de respiration.
Une famille heureuse
Nelly de 1996, professeur des écoles valide finalement un BTS viti-oeno au CNAEC* avec un stage à domicile. Aujourd’hui, elle demeure double active mais avec des élèves plus grands. La semaine est coupée en deux : formatrice au Lycée viticole de Bel-Air et bras droit de son père au domaine. Michel n’aime pas parler de lui mais parle beaucoup. Pionnier de la lutte raisonnée, il lance : « C’est impossible d’être Bio dans le fond d’une vallée humide« . Il contribue à la mise en place des réseaux Maturation et Terra Vitis Il participe aux travaux de la Sicarex de 1980 à 2000. Pour lui : « Il faut rester un cadre familial, développer la vente directe et préserver l’environnement ».
« Les crus, je me les suis fait moi-même »
Michel Tachon, vigneron pragmatique
Michel avoue manquer de temps, mais peine à cacher une gène avec le fait de vendre.La génération négoce permet d’assurer la trésorerie. Trois hectares sont confiés à la coopérative du secteur. Aujourd’hui le domaine exploite 14 hectares. Raymond, le voisin coopérateur va libérer 5 hectares supplémentaire d’ici un an. Michel privilégie la fraternité : « On veut partager et être heureux« . A l’adage, Qui aime bien châtie bien, Nelly tout sourire ajoute : « On se dispute, mais on habite à côté ».
Suivez Michel, le guide dans la cave
La valeur travail
Les premières bouteilles arrivent avec les grand-parents : Antonin et Louis.
En 2009 une restructuration sur sept hectares va mettre en difficulté le domaine. Cela représente 3 ans sans vendre ou presque. Michel garde un souvenir amer de cette période soutenue par des politiques productivistes qui s’emballent aveuglement. Les bonnes intentions se valorisent mal. Il profite de l’occasion pour planter syrah, viognier et marselan. La moitié du domaine est restructurée à 2m, le reste en vieilles vignes est en gobelet. Pour l’instant, Nelly seconde son père : « Je suis en renfort, il connaît comme personne les terroirs ». Nelly est cash également : « On prend ses deux gants, ses deux mains et on arrache l’érigéron l’été. On est tombé dans le bouleau depuis qu’on est petit« . Le terrain est ici sablonneux et enherbé.
Le Beaujolais-Villages est un cru
Quand on évoque les douze appellations du beaujolais, on seconde souvent à tord les régionales. Ici aucun cru, les étiquettes se tournent exclusivement vers les Beaujolais-Villages. Seuls 1,60 hectares sont vinifiés en vin de France. Les vendanges 2025 débutent le 4 septembre. Le même jour la cave coopérative Vinescence avait déjà rentré toute sa vendange. Une cuvée de Beaujolais-Villages primeur de 1552 cols est isolée. Pour Nelly, « Notre cheval de bataille, prouver que les primeurs peuvent vieillir« . C’est simple à vérifier. Le domaine commercialise quelques vieux millésimes. La cuvée se nomme « En attendant le printemps ». Les macérations passent à 17 jours pour les Villages. Pour 2025, le rendement va de 26 à 28 hl/ha au lieu des 56 habituels.
Parole de vigneron, la collection des « crus du domaine » est 100 % Beaujolais-Villages !
La thermo-vinification n’est pas un gros mot. Elle permet de rendre les vins plus immédiats. Anti, puis pro-thermo, Michel explique ses choix. Les travers de cette technique peuvent se gommer. Selon lui, thermo-vinification et égrappage permettent un vin glycérol et typé rhodanien. C’est une vision assumée par le domaine. Ainsi, les élevages sur les Beaujolais Villages sont prolongés entre 12 et 20 mois selon les cuvées. Vu de l’extérieur, c’est un domaine assez discret.
Mais de l’intérieur, accrochez-vous bien au bar du caveau, il va y avoir du « flow » et du flot. Une expérience de vie tellement beaujolaise.
Reportage & photographies,
Stéphane Débarbouillé - Les Buvologues